LE WMA, UN MAUVAIS FORMAT ?

Lorsqu’on visite les forums sur le Net avec comme objectif de savoir comment le WMA est vu par l’opinion « webatique », on flippe grave, surtout si on s’avère être un inconditionnel du format de Microsoft, comme moi. Mis à part la mauvaise foi pathologique qui anime quantité d’intervenants, notamment sur le site http://forum.hardware.fr, s’il s’agit d’opérer une synthèse des avis et considérations, il se dégage trois plaintes essentielles :

v      Le WMA est de piètre qualité

v      Le WMA n’est pas compatible

v      Le WMA est bourré de protections handicapantes

Essayons, dans la mesure du possible, de remettre les choses en ordre, car la confusion due à l’ignorance de certaines notions de base a élu domicile dans les espaces virtuels de discussion.

1.   Le WMA est de mauvaise qualité

La cause principale des WMA de mauvaise qualité réside dans l’usage des débits trop bas lors de l’encodage. La pierre est ici à lancer avec vigueur à Micro$oft qui a fait croire dès le départ que ripper des CD à 64 Kbits/s constituait l’idéal… Or à ce débit, aucun format audio n’offre une qualité finale satisfaisante. Fort malheureusement, par défaut, Windows Media Player pour XP encodait à cette valeur, au grand dam des audiophiles. À partir d’un débit binaire de 96 Kbits/s, le WMA et tous ses concurrents, excepté le MP3 (même avec Lame 3.98), encodent avec qualité.

La qualité de la source doit également être prise en compte bien avant d’incriminer hâtivement le WMA. En effet, quand un son d’origine est déjà de qualité discutable, au mieux, après conversion, ladite qualité sera conservée et au pire, elle sera davantage dégradée. Ainsi par exemple, ne vous attendez pas à un miracle style multiplication des pains si vous encodez en WMA un MP3 issu d’un très mauvais encodeur ou le son d’une énième copie d’un album antédiluvien des Boney’M.

Enfin, la variante du WMA utilisée influe beaucoup sur la qualité audio du fichier de destination. Encoder notamment sa musique favorite à l’aide du codec WMA Voice serait une grave erreur, cette variante du WMA ne codant correctement que les fréquences vocales. Je me garde de dire que la version du WMA a une incidence sur la qualité. Globalement, depuis 1998, année de la première version du WMA, jusqu’en 2006, date de sa dernière mise à jour, du moins en bitrate constant (CBR) et ce, à partir de 96 Kbits/s, le WMA a toujours fait preuve d’une excellente compression des données audio…

2.   Le WMA est incompatible

En cette année 2008 commençant, affirmer que la compatibilité du WMA est chancelante s’avère téméraire. Et ici, je parle du WMA standard, les autres variantes ayant chacune un usage bien spécifique, consacré soit à l’archivage ou au streaming sur le Net, donc réservé au monde du PC, soit à la haute définition, donc destiné aux platines DVD haut de gamme. Le WMA standard, en effet, est lu par quasiment tous les baladeurs numériques sortis après 2005, y compris les iPod de dernière génération. Un nombre sans cesse croissant de chaînes hi-fi et d’autoradios lit ce format sans problèmes.

Bien entendu, la compatibilité du WMA ne vaut pas celle du vénérable MP3 qui a eu plus de 15 ans à s’affirmer. C’est ainsi que rares sont les téléphones portables et les lecteurs DVD qui lisent le format de Micro$oft. Par ailleurs, dans les pays dits émergents ou carrément à la traîne, le WMA passe totalement inaperçu, sauf peut-être au niveau des baladeurs à mémoire flash qui inondent le marché informatique grâce à nos amis les Chinetoques.

Toutefois, il convient d’avoir l’honnêteté intellectuelle de déclarer que par rapport aux autres formats audio, le WMA standard dispose réellement d’une vaste gamme de consommables pouvant le décoder. L’AAC, alias MP4, par exemple, à part sur iPod et quelques rares Nokia série N, est illisible sur d’autres équipements qui décodent pourtant correctement le MP3 ou le WMA. Ne parlons même pas de l’Ogg Vorbis, certes excellent en fait de qualité sonore finale, mais reconnu par moins de dix marques de baladeurs et par quelques lecteurs de DVD qui peuvent lire des DivX.

3.   Le WMA est bourré de protections handicapantes

Je partage sincèrement le désarroi de ceux qui, sans pénétrer les options du Lecteur Windows Media, ont encodé des dizaines de CD audio en WMA. Ils ont eu la légitime et désagréable surprise de voir leurs fichiers illisibles une fois leur disque système formaté ou dès que ces fichiers étaient transférés sur une autre machine. Les malheureux utilisateurs en question avaient simplement omis de désactiver la case à cocher du genre « Protéger contre la copie », accessible dans le menu Outil, puis Option (lisez l’aide du lecteur pour plus de détails). Comprenant sa bêtise (bien tardivement), Micro$oft, Dieu merci, a désactivé par défaut cette case dans la version 10 de son Lecteur. Quant à la version 11, du moment que je ne compte pas la tester de sitôt (j’adore XP et le mien est craqué ; je me méfie comme du Diable de Vista), je ne peux rien vous affirmer.

Je partage tout autant la consternation de ceux qui ont transformé leur carte de crédit en carte de visite à force d’acheter en ligne des WMA. Une restriction pire que celle de Prison Break fut subie par ces mélomanes friands de hi-tech. Transferts extrêmement limités et lectures problématiques constituaient leur pain quotidien. L’expert pirate, utilisant sa carte son comme un enregistreur, peut, au prix d’une faible perte en qualité, contourner ces fâcheuses emmerdes. L’utilisateur lambda, cependant, vit ici dans une angoisse teintée d’absurdités et de sourde colère, digne d’un roman de Kafka.

Que les choses soient bien claires ici ; tout WMA n’est pas protégé ! Hormis les outils (payants en plus) de Micro$oft de sa plate-forme Windows Media Technologies aux allures de sbire du Gouvernement Mondial, et hormis Windows Media Player (gratuit ?), très rares sont les logiciels qui encodent les WMA avec protection du contenu. Un WMA n’est protégé que si telle est la volonté de celui qui encode, volonté, avouons-le, parfois relative, à la manière d’un dol (cas de la protection par défaut du Lecteur Windows Media dans la plupart de ses versions). Ainsi, tous les freewares de conversion des fichiers audio ne créent pas des WMA protégés. Même le Codeur Windows Media, outil de Micro$oft pourtant, ne protège pas les fichiers par défaut.

4.   Le WMA n’est pas si parfait que cela, malgré tout…

Lorsqu’on possède toute une collection de WMA issus de diverses sources, il est archi-certain que le niveau sonore est différent d’un fichier à un autre. Il serait hyper-intéressant que tous les morceaux, quand on les écoute à travers un baladeur, sonnent avec un niveau de volume presque identique. Pour les MP3, le problème est résolu grâce à l’outil MP3Gain, très efficace. Un tel logiciel manque cruellement pour la gestion du format de Micro$oft. Ça lui apprendra à chercher à tout prix à protéger ses codes sources…

En outre, quasiment aucun éditeur audio, de nos jours, ne peut décoder en import ni exporter le format WMA, même le plus standard possible. Encore la faute à la firme à Billou, pour les mêmes raisons que celles évoquées supra…