LE WMA EN PERTE DE VITESSE

Inutile de préciser ici que Windows Media Audio (WMA) est le format audio que le parangon du capitalisme Micro$oft a bien voulu inventer en vue de freiner l’essor du MP3 d’abord, des autres codecs audio par après. À l’aide d’un marketing viral parfois teinté de duperies, il a séduit un temps pas mal de consommateurs, mais le charme est désormais si pas brisé, du moins atténué. Et ce, toutes variantes du format confondues, comme je vais vous l’expliquer dans les lignes qui suivent.

A. Le WMA Voice

Inventé fin 2002, le WMA Voice, comme son nom le laisse supposer, a été créé pour une compression efficace de la voix humaine, quand bien même, à l’aide de quelques paramétrages plus ou moins inaccessibles, la musique serait, elle aussi, raisonnablement encodée. Tel est le concept sur papier et sur le Net.

En réalité, que ce soit dans le domaine musical ou dans le strict angle vocal, même à débit maximal (20 kbps, mono), la qualité du son s’avère mauvaise, caverneuse, métallique, presque insupportable. La norme GSM semble meilleure à l’ouïe, le codec vocal libre Speex atteint les sommets, devant qui WMA Voice fait office de nain.

Et pour enfoncer le clou, seuls les PC et les smartphones carburant sous Windows Mobile (ou Windows Phone) lisant du WMA Voice. Oubliés les Mac, les Linux et tous les matériels lisant du son (baladeurs, radios, autoradios, chaîne hi-fi, etc.). Même à Internet, je ne crois pas qu’il y ait dix sites qui proposent du contenu en WMA Voice et, comble de l’ironie, même pas un seul site administré par Micro$oft !

Bref, WMA Voice est une trouvaille de labo sans grand intérêt, ni technique ni commercial.

B. Le WMA Lossless

Du pire, sautons directement sur le meilleur. Cette variante du WMA encode théoriquement sans perte de qualité auditive par rapport à l’original, en mode multicanal et à 96 kHz si on le souhaite. Au fait, ce n’est en rien un avantage comparé à d’autres formats audio sans perte (presque tous faisant pareil), autant vous le dire tout de suite. Le seul plus du WMA Lossless réside en ce qu’il est assuré d’être lu par XP SP2 et suivants (SP3, Vista, Se7en) sans rien installer d’autre, c'est-à-dire de manière native. Pour ce qui est des baladeurs et autres radios, ce n’est pas la même chose…

En effet, hormis quelques baladeurs haut de gamme Toshiba, la Xbox 360 et le baladeur microsoftien Zune HD, aucun autre produit (à ma connaissance) ne lit du WMA Lossless. Le format libre sans perte FLAC (Free Lossless Audio Codec) est de plus en plus lu dans des chaînes hi-fi et certains baladeurs de marque coréenne (Samsung, Cowon ou encore iRiver). En termes de popularité et de compatibilité, le format de Micro$oft est de facto battu à plate couture.

Beau fruit de la cogitation que le WMA Lossless, techniquement bon, mais peu répandu. Certains magasins de musique en ligne proposent leur catalogue en ce format, mais à quel prix et généralement avec protection du contenu (voir infra).

C. Le WMA Professional

Virtuose du 5.1 ou du 7.1, excellente qualité audio à quasiment tout débit à partir de 48 kbps, CBR comme VBR, le WMA Pro, surtout dans sa version 10, retouchée et améliorée courant 2006, a en principe tout pour plaire. Il restitue un son tellement net à ces vitesses de transmission que son seul concurrent sérieux est le format AAC dopé et retapé, appelé HE-AAC, version Parametric Stereo ou pas. On peut également citer le Vorbis comme rival, mais les experts du son à l’oreille de platine et aux tympans de diamant affirment que le réchauffement des signaux propres à ce codec libre, spécialement à bas débits (64-128 kbps) sent la supercherie audio. N’empêche, la qualité est au rendez-vous.

Fort malheureusement, soit par boycott aux idées de la firme de Redmond, soit par crainte de ses visées quelque peu monopolistiques, soit suite au coût de licence du WMA Professional, les industriels semblent frileux quant à son adoption. Certes, tous PC, Mac et versions Linux (avec VLC Media Player) lisent sans pépin ce format, mais seules quelques marques de produits (hardware) le décodent. Je cite (en croyant d’ailleurs être exhaustif en le faisant) le Zune (HD ou pas, mais seulement en stéréo), les smartphones sous Windows Mobile ou Phone (toujours en stéréo), quelques bricoles de la marques Ittiam (orthographe non garantie) et la Xbox 360.

D. Le WMA classique ou standard

La variante la plus répandue (et de fort loin) du WMA, concoctée par les ingénieurs à Billou en 1999, retuné en 2000, 2001, 2002, 2004 et 2006, le WMA standard a connu des tourments avant de s’imposer durablement dans l’industrie tant musicale que filmographique. En ce mars 2010, hormis les produits Apple (le pire ennemi à Micro$oft), presque 95% des équipements audio lisent cette variante du WMA. Même les Mac (pourtant créatures de la société du fruit interdit) et autres Ubuntu digèrent sans risque de gastro informatique ce format.

Il convient néanmoins de tempérer ce beau discours. Le plus gros défaut du WMA (et j’aurais dû l’écrire dès le début de ce topic), quelle que soit sa variante, sa forme ou son aspect, porte trois lettres : le DRM (Digital Right Management), un système de protection anti-copie dont le WMA peut être le porte-étendard. Une bénédiction pour le producteur, un cauchemar oppressant pour les consommateurs. Plusieurs magasins de musique en ligne proposent des WMA surprotégés par ces joyeusetés. Par bonheur, face à la grogne sans cesse grandissante et menaçante des mélomanes qui ne voulaient plus de ces fichiers frelatés par une technologie aux goûts ultra-mercantiles, les boutiques virtuelles de musique proposent désormais pour la plupart soit uniquement un format non protégé (MP3 ou Vorbis), soit des MP3 et des WMA DRMisés. On a donc le choix. Cette sage politique desdites boutiques ternit du coup la popularité du WMA standard qui est dorénavant de moins en moins accepté. Qui trop embrasse…

Sachez, pour info, qu’alors que le nombre de baladeurs et autres DVD décodant le WMA classique est colossal, ceux lisant du WMA classique avec protection DRM se réduit très singulièrement… Par ailleurs, l’autonomie des équipements jouant du WMA sécurisé chute dangereusement à leur lecture. Vraiment une merde, le DRM, dont d’ailleurs il a copié toutes les consonnes, comme par hasard…

Question qualité sonore, le WMA standard n’est pas en soi une merveille. Excepté le MP3 qui n’existe que par son ancienneté qui induit une compatibilité quasi-totale, tous les formats musicaux actuels le battent lors des tests d’écoute, surtout à 96 kbps et en dessous. La puissance financière de Micro$oft maintient encore le WMA classique. Un moindre faux pas, il risque petit à petit de s’éclipser des foyers et du Net.