N.B. : Versions utilisées : MP3 Lame 3.98, WMA 9.2

Depuis le milieu de la décennie 90 jusque maintenant, pour des besoins évidents d’espace de stockage et de diffusion/téléchargement sur le Web, le génie humain a élaboré des techniques de compression sonore usant d’algorithmes sans cesse complexes. Une foultitude de formats audio naquit de ces cogitations. Mais en ce mars 2011, seuls deux d’entre eux se démarquent de cette jungle : le MP3 (acronyme de MPEG-1 Layer 3), vieux de plus de 20 ans et le WMA standard (Windows Media Audio), apparu en 1999. Ces deux frères ennemis ne produisent pas nécessairement une qualité meilleure que leurs concurrents les plus récents (Ogg Vorbis, AAC, WMA Pro et toutes leurs variantes encodant en mode lossless ou sans perte). Toutefois, suite à l’ancienneté préhistorique de l’un et à la politique marketing ultra-élaborée de l’autre, l’industrie musicale tout comme le commun des mortels n’ont pas trop eu le temps de s’intéresser à autre chose pour encoder leurs CD ou trafiquer la bande-son d’un clip sur Trace Tropical. C’est donc sur le Mathusalem MP3 et le capitaliste WMA que nous nous focaliserons dans ces lignes. Sachez que 100% des équipements audio actuels lisent le MP3 et environ 90-95% le WMA standard. Les autres formats, au meilleur des cas, sont lus par moins de 30% des appareils du moment. Et ce taux se réduit dramatiquement dans les pays émergents ou en voie de développement (dont je fais partie : RDC).

Dans la vue de guider l’utilisateur de l’un ou l’autre format, j’ai banni de mon article l’usage du bitrate constant (CBR) dont l’unique avantage est sa facilité inhérente d’adaptation lors de la lecture continue sur le Net (streaming), sujet qui sort du cadre de ce topic. Le mode CBR a, entre autres, le défaut soit de créer des fichiers trop lourds pour rien, soit des fichiers de qualité audio allant de pas trop convaincante à franchement discutable.

Bon, assez parlé…

1.    L’audio sans peur et sans reproche

Ici, je vise ceux qui disposent d’oreilles canines ou félines, détectant tels des radars de l’US Air Force la moindre distorsion d’une castagnette ou d’une harpe ou encore un souffle suspect en plein milieu d’une symphonie de Brahms en fa majeur. Pour eux, point de lossless (c’est pas le but de cet article), mais un paramètre capable de duper convenablement même l’ouïe la plus aiguisée. Le MP3 a dans son escarcelle le mode VBR V0 dont le bitrate moyen oscille aux alentours de 270 kbps pour parvenir à cette noble fin. Pour ce qui est du WMA, le mode VBR, qualité 98, donne des résultats identiques en qualité, mais pas en débit, celui-ci pouvant dépasser 340 kbps avec certains morceaux « durs », là où le MP3 ne peut excéder 320 kbps de par ses limitations intrinsèques. Quoi qu’il en soit, celui ou celle qui, après écoute, ose affirmer qu’il ou qu’elle entend quelque différence avec le CD d’origine prend tout simplement ses lubies pour la réalité. La transparence est ici totale. Foi de moi…

2.    L’excellence, mais pas la perfection

Plusieurs mélomanes audiophiles, pour des raisons non injustifiées d’économie d’espace mémoire (disque ou flash), aimeraient bien avoir une copie de leur audio en une qualité frôlant le sans-faute. Le paramètre VBR V2 du MP3 doit faire leur bonheur, de même que le mode VBR qualité 90 du WMA standard. Il convient de détenir un organe auditif très sensible si vous voulez déceler des distorsions, spécialement en MP3. Le WMA, lui, n’accuse aucune distorsion, si ce n’est un manque presque imperceptible de certaines très basses fréquences que seule une chaine hi-fi à 1000 $ d’Obama ou un casque à 200 balles peut révéler. En tout cas, pour ce qui est de la musique bruyante style hip-hop, mapouka viagra, house ou rock, bien prétentieux serait le mec ou la meuf qui sentirait des détails sonores non conformes à l’original. Le bitrate en MP3 dandine souvent entre 190 et 230 kbps et celui du WMA entre 150 et 210 kbps.

3.    Le mélomane lambda s’en contentera amplement

Les vitesses de transmission en jeu (aux alentours de 128 kbps, voire moins pour le WMA) n’autorisent aucunement les algorithmes des deux formats à aller au-delà de 16 kHz (le MP3 CBR atteint 17 kHz, mais sans amélioration de qualité). Les très hautes fréquences sont si pas tronquées du moins fortement atténuées. Si on a plus de 40 ans, cette perte ne sera que trop rarement audible. Certains jouvenceaux ayant la vingtaine tapante ou moins et quelques trentenaires aux oreilles entrainées noteront la coupure en aigues. Néanmoins, les ingénieurs qui ont finement réglé les algorithmes des deux formats maitres se sont arrangés pour tromper la vigilance de la majorité des utilisateurs, dont moi d’ailleurs. Par ailleurs, la distorsion existe, mais elle est plus que supportable. Le WMA se caractérise toujours par cette légère baisse des basses fréquences et attenue un peu les hautes fréquences censées être difficiles à encoder. Le MP3, en revanche, métallise un peu les instruments à fortes attaques sonores, comme les castagnettes. Histoire de s’en apercevoir, il faut au minimum une bonne chaine stéréo, pas une paire d’écouteurs à cinq euros. Pour obtenir ce résultat : WMA VBR qualité 75 et MP3 VBR V6.

4.    Pour l’écoute nomade (ou peu concentrée)

L’amoureux du son dont la préoccupation ultime s’avère foutre sur un seul CD-R toute la discothèque de Jack Michaelson (pardon… Michael Jackson) ou encore faire tenir plus de 500 chansons dans un baladeur de 2 Go trouvera ici son compte. La qualité audio s’en ressentira, surtout avec du bon matériel hi-fi. En effet, le MP3, malgré son lowpass avoisinant 15,5 kHz, brille de mille feux de par les distorsions (son métallique dans les instruments dits « compliqués », affaissement de certaines harmoniques). Le WMA, quant à lui, s’illustre par une rupture assez marquée des hautes fréquences (13 kHz) assez audible, mais les déformations sonores sont nettement moins prononcées, presque imperceptibles dans un environnement bruyant ou lors d’une écoute distraite si la musique a été compressée à partir d’un CD audio original. Question bitrate, y a pas photo : le mode ABR à 96 kbps du MP3 fait bien moins son boulot que le mode VBR pur, qualité 50 du WMA, qui produit un débit binaire aux alentours de 80 kbps. Le WMA gagne ici en qualité et en économie d’espace. Notons qu’à ce niveau, le MP3 re-échantillonne automatiquement le fichier à 32 kHz (16 kHz maximum de lowpass), alors que le WMA analyse toute la gamme audible, sans re-échantillonnage.

5.    Enregistrer sa voix ou celle des autres

Journalistes de pacotille, espions à deux balles et autres geeks adorant archiver des tonnes d’interviews ou de conversations sans trop se soucier de la qualité audio, vous avez frappé à la bonne porte. Le MP3, mode ABR à 56 kbps (avec resampling à 24 kHz) tronque les fréquences supérieures à 12 kHz, rend le son étouffé, légèrement caverneux, mais encode assez bien les fréquences vocales qui conservent toute leur intelligibilité. Le mode VBR pur du WMA, qualité 10, partage le même lowpass que son rival de longue date. Le son parait plus éclatant, plus riche, mais aussi plus distordu : les voix sont certes parfaitement discernables, mais assez métallisées, spécialement si l’ambiance est monophonique ou lorsqu’une femme papote parlote converse. Le bitrate est souvent voisin de 48 kbps. Une économie d’espace non négligeable. Je préfère cependant le MP3 dont le resampling lui est on ne peut plus bénéfique.

 

WMA Imperator.